Avec Umane Parcours, un accompagnement qui leur redonne enfin une place. Interview de Sorya Blaudet et Christelle Salmon, référentes du dispositif Aide aux aidants chez Umane Parcours
Une réponse à un besoin longtemps resté invisible
Au sein d’Umane Parcours, plateforme d’accompagnement social, médico-social et professionnel dans le Var, les parcours sont pensés de manière globale, en lien avec les besoins des personnes… et de leur entourage.
Dans l’ombre des parcours de vie, les aidants sont souvent les premiers à tenir… et les derniers à être accompagnés.
Parents, conjoints, proches : ils jouent un rôle essentiel auprès des personnes en situation de handicap, mais leur réalité reste encore largement invisibilisée.
C’est pour répondre à cette réalité que le dispositif « Aide aux aidants » a vu le jour en 2024.
Une nouvelle manière de penser l’accompagnement
Sorya Blaudet et Christelle Salmon interviennent comme référentes de ce dispositif au sein d’Umane Parcours.
« Notre rôle est très large », explique Sorya Blaudet. « Nous accompagnons les aidants dans leur lien à leur proche, mais surtout dans ce qu’ils vivent eux-mêmes : leur fatigue, leurs émotions, leur santé, leur quotidien. »
Un positionnement fondamental : ici, l’aidant devient le point central.
« Nous ne sommes pas là pour résoudre les problématiques de la personne aidée », précise Christel Salmon, « mais pour soutenir l’aidant, l’écouter et lui redonner une place. »
L’accompagnement repose sur une écoute progressive. Il faut du temps pour que les aidants se livrent et identifient leurs besoins, souvent oubliés.
« L’aidant s’oublie… jusqu’à disparaître »
Tout part d’un constat de terrain. En intervenant au sein du SAMSAH et du SAVS, les deux professionnelles observent une souffrance récurrente chez les proches.
« Beaucoup de fatigue, d’incompréhension face à la maladie, et surtout un fort sentiment de solitude », se souvient Sorya Blaudet.
En 2024, une première expérimentation est lancée : 23 aidants accompagnés.
En 2025, le dispositif se structure et s’élargit à 38 personnes, avec l’intégration de Christelle Salmon.
Aujourd’hui, il s’inscrit pleinement dans l’offre d’Umane Parcours et continue de se développer avec l’appui d’autres professionnels d’Umane Parcours, comme une ergothérapeute.
Qui sont les aidants accompagnés ?
Les aidants sont majoritairement des proches de personnes en situation de handicap psychique, accompagnées par Umane Parcours ou issues des ESAT.
« Ce sont principalement des femmes, âgées entre 40 et 60 ans », précise Christelle Salmon.
« Mais nous rencontrons aussi des couples, et parfois des aidants eux-mêmes en situation de handicap. »
Des profils variés, mais une réalité commune : un engagement fort, souvent au détriment d’eux-mêmes.
Quand les besoins disparaissent
Le quotidien des aidants est marqué par une charge mentale importante et un sentiment d’obligation permanent.
« Beaucoup nous disent : “je n’ai pas le choix”, “je dois tenir” », souligne Sorya Blaudet.
Peu à peu, ils s’effacent. Leurs besoins deviennent secondaires, puis invisibles.
« La notion même de plaisir ou de temps pour soi disparaît », explique Christelle Salmon.
« L’équilibre de vie n’existe plus. »
Repos, loisirs, vacances : autant de dimensions absentes du quotidien.
Un outil d’auto-évaluation permet de mesurer cet épuisement et de le rendre visible.
Un espace pour dire, comprendre, respirer
L’accompagnement est gratuit, souple et adapté à chacun.
Entretiens réguliers ou ponctuels, en présentiel, à domicile ou à distance : le cadre est flexible.
« C’est avant tout un espace de parole », insiste Sorya Blaudet.
Un espace où tout peut être dit.
Les échanges portent sur la compréhension du handicap, l’accès aux droits, l’organisation du quotidien, mais aussi la reconstruction d’un équilibre personnel.
Peu à peu, une prise de conscience émerge.
« Le message essentiel, c’est : “j’ai le droit, je peux” », résume Christelle Salmon.
Le droit de souffler. De dire non. De penser à soi.
Un accompagnement en réseau
Le dispositif s’appuie sur un réseau de partenaires : UNAFAM, Avens, le DAC, France Répit…
« Les aidants sont souvent en errance, notamment face au handicap psychique », explique Sorya Blaudet.
L’objectif est de redonner des repères, de rendre les parcours plus lisibles et de sécuriser les situations.
En parallèle, des ateliers collectifs vont voir le jour, comme celui sur l’équilibre occupationnel. D’autres thématiques sont en réflexion : poser des limites, gérer la culpabilité, anticiper l’avenir.
Quand l’aidant retrouve du pouvoir d’agir
Les effets sont parfois discrets, mais profondément transformateurs.
« Certains nous disent que cela faisait 20 ans qu’ils n’étaient pas allés au restaurant », confie Christelle Salmon.
Au-delà des changements concrets, c’est une posture qui évolue : les aidants retrouvent une capacité à décider, à se positionner, à exister pour eux-mêmes.
« Quand l’aidant va mieux, toute la dynamique familiale s’améliore », souligne Sorya Blaudet.
Moins de tensions, plus de compréhension, et souvent des relations apaisées.
« La solitude des aidants »
Ce qui motive Sorya Blaudet ? « La solitude des aidants. »
Pour Christel Salmon : « accompagner une personne, c’est aussi accompagner son entourage ».
Avec ce dispositif, Umane Parcours envoie un message clair : prendre soin des aidants, c’est prendre soin de tout le parcours.
👉 Et si, enfin, on regardait aussi ceux qui soutiennent ?


